Le ventre plein, Camille fit un rêve étrange.

Autour d’un feu de camp était réunie une assemblée des plus cocasses. S’y côtoyaient une girafe, un chacal, une famille de castors, un ours polaire et un aigle royal. Personne ne semblait vouloir dévorer son voisin et chacun regardait paisiblement le feu, comme si l’on pouvait y lire le journal.

A tour de rôle, un animal se levait, s’éloignait et prenait de l’élan pour sauter par dessus le feu. Selon leurs tailles respectives, certains passaient largement au-dessus des flammes et leur bond les faisaient atterrir bien au delà du feu et du cercle. Les castors pour leur part, passaient au ras des braises et terminaient en roulé-boulé toujours à l’intérieur du cercle formé par les autres animaux.

Personne ne semblait faire attention aux sauts périlleux du voisin. Pourtant chacun attendait patiemment son tour.

Camille attendait son tour, mais à chaque fois qu’elle aurait dû partir elle réalisait qu’elle n’arrivait pas à bouger ses jambes. Impossible de reculer et de prendre son élan, et pire ! – les autres ne la voyaient même pas ! Elle semblait être parfaitement transparente. Inexistante. Elle essayait de crier pour qu’ils l’entendent, mais aucun son ne voulait sortir de sa gorge !

Elle cria, se racla la gorge et cria encore et finalement, dans un effort titanesque le commencement d’un « ehh -ohhh » devint audible.

« Camille ! » Camille était surprise. Qui lui parlait ? « Ohoh ! Camille !!! » Elle rentrait dans un tunnel pour ressortir de l’autre côté et émerger dans une clairière, couchée dans l’herbe douce à côté d’un hérisson et d’un chien. Un chien qui la regardait inquiet. « Ça va ? » lui demandait-t-il. « T’as fait un cauchemar. Dis moi ce que tu as vu. Ma famille fait partie des chiens druides, la divination, l’analyse des rêves et l’herboristerie sont leurs dadas.

« Comment ? » demanda Camille déboussolée et encore à moitié endormie. Que savait-elle de ses compagnons de route ? Rien ! Elle avait un trésor en connaissances, histoires de famille et autres expériences à ses côtés et n’avaient même pas songé ni à les consulter ni encore moins à les interroger. Elle n’était préoccupée que par son nombril.

Tiens, je n’ai probablement même pas de nombril dans ce corps de tortue, songea t-elle. De toute manière, impossible d’y accéder pour regarder. – Mais là n’était pas la question. Elle avait tellement été occupée par son propre destin qu’elle ne s’était même pas le quart d’une seconde enquis du destin de ses nouveaux amis. – Ni des anciens de la forêt non plus d’ailleurs.

Mais ça, ça allait changer à partir de maintenant.

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