Camille était une biche joyeuse, insouciante et heureuse. Elle passait ses journées à courir dans les bois, jouer, blaguer avec les autres animaux, remplir son estomac, n’en faire qu’à sa tête et prendre des risques, parfois insensés.

Une biche enfantine et tellement insouciante qu’elle pouvait mettre en danger ses amis et sa famille sans même s’en rendre compte. Elle était tellement rapide qu’elle renversait des animaux plus jeunes, plus petits, plus vieux et surtout moins rapides. Elle faisait régulièrement du grabuge autour d’elle et comptait sur ses yeux de biche pour se faire pardonner ses méfaits.

Le mage de la forêt observait ses agissements et la mit en garde à plusieurs reprises. Mais rien n’y faisait. Elle ne prêtait aucune attention aux autres dans ses agissements toujours plus turbulents.

Alors le mage proposa lors du conseil des sages de lui jeter un sort. Elle allait être privée de sa rapidité, de son insouciance et allait devoir faire  » Le voyage au bout de la terre  » épreuve ultime destinée aux animaux qui gaspillaient leurs dons au lieu de les mettre au service de la forêt.

Le lendemain du conseil des sages, Camille se réveilla dans le sous-bois. En s’étirant, elle se rendit compte qu’elle n’arrivait plus à étirer ses pattes ! Elles étaient piégées ! Elle ouvrit les yeux pour découvrir la cage dans laquelle elle était enfermée. Lentement, l’horreur prenait forme. Elle cligna des yeux. Lentement. Deux fois. Hélas non, elle ne rêvait pas.

Elle était bel et bien coincée dans le corps d’une tortue ! Sur un parchemin maladroitement collé sur son ventre elle put lire :

 » Pars au bout de la terre dans ce corps lourd et lent.
Apprécie chaque jour.
Chaque rencontre.
Écoute, goûte, savoure et ressens.
A l’arrivée tu retrouveras la souplesse de ton corps de biche. « 

Camille resta stupéfaite. Puis elle pleura. Elle pleura son corps de biche, sa rapidité, son insouciance, sa liberté. Elle pleura à chaudes larmes. Sa nouvelle maison se remplit du liquide salé et alourdit encore cette carapace inélégante.

Pourtant, si c’était cela le sort du conseil des sages, il n’y avait pas à discuter. Elle devait partir. Alors elle se leva lentement …

 

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