A chaque pas, Pop se rapprochait du sous-bois de Camille et sa colère diminuait à mesure que sa crainte augmentait d’écraser la pauvre tortue. Etre un éléphant rose n’était plus très drôle et à cette pensée, il se mit soudain à rétrécir.

A la vue de la tortue, ses foulées s’accélèrent et il sauta sur le dos de l’animal, tout en faisant tourner une brindille au-dessous de sa tête comme un lasso en lançant un tonitruant « Yehaaa ». A la stupéfaction de la tortue, un lézard était débout sur son dos, jambes écartées à la cowboy, un brin d’herbe coincé entre les lèvres avec une évidente envie de la faire galoper. « Il est dingue celui-là » pensa Camille en secouant la tête tout en mettant sa lourde carcasse en marche.

« Tu sais où tu vas? » demanda Pop du dos de la tortue, maintenant assis en tailleur. « A la fin de la terre ! » soupira la pauvre bête, tête basse. « Toujours vers le soleil couchant, jusqu’à ce que la terre s’arrête. Facile. » Elle secoua un peu plus la tête et ajouta « facile, oui ! Pffff coincée dans cette armure et à cette allure, je serai vieille et usée avant d’y arriver ! » Un gros soupir lui échappa et les larmes lui montèrent aux yeux. « Cela prendra des années ! »

Pop aurait juré qu’il sentait les épaules de Camille s’affaisser, si tant est que ce soit possible pour une tortue. Il réfléchit et se résolut à lui dévoiler le plan qu’il avait échafaudé depuis qu’il avait appris son rôle dans ce voyage.

« Toi, ma belle, tu es coincée dans cette armure. Mais moi, je suis toujours un esprit morphe. Je peux donc me transformer en ce que je veux. – Enfin…. quand c’est un minimum drôle….. et personne n’a dit que toi, tu devais me porter ! …. Et personne n’a jamais dit non plus que je ne pouvais pas te porter !!!! » il sauta du dos de la tortue pour courir à côté de sa tête, utilisant une pâquerette comme ombrelle pour bien voir au fond de l’oeil de l’animal apeuré.

« Tu comprends ? » lança t-il enthousiaste. « Non » répondit Camille en essayant de faire le focus sur le reptile qui était presque collé sur son œil et qui gesticulait avec une pâquerette comme s’il voulait la provoquer en duel.

Pop soupira, pris son air de professeur d’école et murmura : « Tu sais … »

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