Quand Camille la biche-devenue-tortue demanda à Roman le singe s’il pouvait la transporter jusqu’à la fin de la terre, l’acrobate s’agrippa à une liane pour se poser juste devant elle.

« Tu ne devais pas faire ce voyage grâce à tes propres moyens ? » demanda-t-il. « N’est-ce pas là le défi que tu dois relever toi-même ? »

Camille sentit une vague d’agacement monter en elle. Pourquoi tout le monde était-il 1) au courant de son voyage et de son défi et 2) semblait savoir ce qui était le mieux pour elle ?

Elle fulminait intérieurement et essaya de comprendre ce qui la mettait dans cet état. La mise en cause de vouloir prendre ses propres décisions ou bien le fait d’avoir été prise la main dans le sac ?

Elle se détourna de Roman le singe pour qu’il ne voit pas sa colère et surtout pour ne pas cracher à sa face souriante une réponse qu’il n’aurait pas méritée. Elle réfléchit. « Toute colère cache une peur » disait un lointain souvenir. Ses parents avaient dû lui enseigner cette leçon quand elle avait fait ses colères d’enfant.

De quoi avait-elle peur ? – D’être traitée de tricheuse qui s’est fait aider pour terminer son voyage ? – De ne pas être prise au sérieux par un singe ? – Ou simplement de n’avoir plus personne qui veuille bien l’aider …

Elle n’était effectivement pas en colère. Elle avait peur. Avec une boule dans la gorge, elle se retourna vers Roman et lui demanda de but en blanc « Tu n’as pas envie de m’aider ? »

Une fois de plus le singe inclina la tête, puis découvrit ses dents et se mit à rire. « Tu t’es vue ??? tout le monde a envie de t’aider ! Tu as des yeux tellement gentils qu’ils feraient fondre n’importe qui. Tu dois être absolument irrésistible quand tu as tes yeux de biche ! » Il rigolait à gorge déployé et Camille avait du mal à résister à tant d’hilarité. Il avait raison, personne, vraiment personne, ne pouvait résister à ses yeux de biche.

Alors elle répondit en toute simplicité « Roman, j’ai pour mission d’aller au bout de la terre dans un corps de tortue. Dans les instructions, cela ne disait pas que je ne pouvais pas me faire aider. Je te fais une proposition : pour que tu n’aies pas l’impression de m’avoir aidée outre mesure, tu me fais jongler jusqu’à ce soir dans la bonne direction. Les derniers jours, je les ferai par mes propres moyens ! Cela te semble acceptable ? »

Roman changea une fois de plus d’inclinaison de tête …

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